Invicta dans l'Union l'Ardennais

"Horizon dégagé pour Invicta"

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Reportage "Invicta fortifie sa fonderie"
L'Union - l'Ardennais - samedi 8 avril 2017
www.lardennais.fr
Journaliste : Mirko Spasic
Crédits photos : Karen Kubena - galerie photos ici

Invicta fortifie sa fonderie

Pour prendre toute la mesure de l'activité du fabricant de poêles, une visite de la fonderie du groupe s'impose. Des quatre sites d'Invicta, celui de Vivier-au-Court est en effet le plus important, le plus spectaculaire aussi. Il réunit, dans 3,3 hectares de bâtiments construits sur 4 hectares de terrain, la mise en fusion du métal, le parachèvement, l'usinage et le montage, montrant ainsi tout le processus de fabrication, de la matière première (coke, fonte recyclable, hématite), au poêle en fonte émaillé prêt à l'expédition. Un processus de fabrication de A à Z devenu rare dans les Ardennes et qui ne peut évidemment être visible dans la sous-traitance. Pour compléter ce processus, Invicta compte sur ses trois sites de Donchery, où sont situés le siège, l’émaillage et la logistique.

La fonderie, millénaire et futuriste

Pour le non-initié, la fonderie de Vivier est une étonnante alliance entre un métier traditionnel, de feu et d'énergie, et des éléments de modernité apportés partout où cela est possible. Ainsi, aux côtés des cubilots qui crachent le métal en fusion, des hommes contrôlent les écrans informatisés d'automates de dernière génération. À l'image des trois machines de moulage, dont la plus importante, installée en 2008, n'existe qu'à trois exemplaires dans le monde, capable de mouler des pièces de 1,25m X 0,85m, lui permettant donc en un seul outil de mouler, côte à côte, les faces avant et arrière d'un même poêle. Pour alimenter les machines, deux sableuses automatiques déversent 120 tonnes de sable de fonderie à l'heure. Le parachèvement est partiellement robotisé. Les stocks sont gérés par code-barres, permettant un suivi et une traçabilité de tous les produits sortis de l'usine. Après émaillage sur le site de Donchery, les poêles sont montés à Vivier-au-Court. Il faut en moyenne une quinzaine de pièces pour fabriquer un appareil de chauffage.

Intégrer l'outillage de Deville

L'usine de Vivier est en travaux. Un ancien bâtiment de stockage est en cours de transformation pour accueillir les trois chaînes de fabrication transférées de l'usine carolomacérienne Deville, rachetée par Invicta. Elles permettront notamment de fabriquer les appareils au fioul qui ont fait la réputation de Deville, longtemps connue sous le slogan de « la flamme bleue ». « Deville disposait de deux lignes de produits intégrés en avance sur nous, celles pour les appareils au fioul et au gaz, note Jean-Marie Muller, le président d'Invicta. Cinq cents outils ont été récupérés dans l'usine de Charleville. Seul le site en lui-même n'a pas été repris. Quant aux pièces en fonte de Deville, elles étaient déjà fabriquées par Invicta. » À ce sujet, Jean-Marie Muller rappelle que l'activité ne pouvait pas se poursuivre sur le site de Charleville-Mézières, « n'ayant pas eu d'autorisation du préfet et l'usine possédant encore de l'amiante résiduelle. »

Un laboratoire unique en France

Le site de Vivier-au-Court regroupe également les services d'après-vente, le bureau d'études et la recherche et développement. Invicta conserve, dans un bâtiment dédié, quelque 3500 plaques-modèles et en produit une centaine de nouvelles chaque année. Ayant gardé tous ses outillages, la société peut ainsi fournir toutes les pièces détachées en SAV. Le service effectue en moyenne 250 expéditions de colis par jour. Le bureau d'études regroupe deux designers, un interne et un externe, concevant les modèles de demain d'abord réalisés sous forme de maquettes au I/5e, selon la technologie, là encore très sophistiquée, de l'impression 3D. L'imprimante « high-tech » côtoie un service au savoir-faire séculaire, celui des modeleurs. Un travail d'orfèvre. Non loin de là, retour encore vers le futur, avec la présence d'un bras de mesure tridimensionnel. Les pièces de fonderie sont elles aussi de plus en plus sophistiquées. La recherche et développement s'accompagne d'investissements continus, de l'ordre de 1,2 million d'euros par an, surtout en outils. Une fois les prototypes montés, ils sont testés dans un centre d'essai qui dispose de cinq plates-formes, sur lesquelles les appareils sont testés dans des conditions réelles d'utilisation. Un laboratoire reconnu par le comité français d'accréditation (Cofrac), instance nationale accréditant les organismes intervenant dans l'évaluation de la conformité. Dans son domaine, c'est un laboratoire unique en France. Il faut parfois un an et demi pour développer un nouveau produit. Invicta développe de vastes gammes, de l'appareil entièrement manuel au plus automatisé, sans cesse renouvelées, tout en conservant dans son catalogue ses best-sellers. Mirko Spasic

Cinq ans de tranquillité financière

Jean-Marie Muller, le président d'Invicta, insiste: « L'accord financier négocié avec les banques assure au groupe cinq ans de tranquillité financière. Nous sommes dans les temps. La première année est faite. Sur la question du chômage partiel, nous avions fait une demande parce qu'il nous faut gérer des volumes très variables. Cette demande concernait 10% des effectifs, soit 45 personnes. Dix jours ont été utilisés, soit 10% des heures demandées. Aujourd'hui, nous fonctionnons à plein et nous avons perdu 0 emploi. » Invicta doit toutefois accroître le plan de charge de sa fonderie. Elle réalise déjà des pièces sur plan, 2500 tonnes par an en sous-traitance, « Il nous faut trouver 5 à 6000 tonnes en plus pour une question de prix de revient. Nous voulons accroître le volume de cocottes, de 250000 pièces, toutes vendues, à 400000 pièces. Nous voulons aussi redévelopper la fabrication de barbecues en fonte. »

Invicta et Deville, deux marques complémentaires

Cédric Kamerer, le directeur général d'Invicta, explique la stratégie commerciale de son entreprise. « Chaque marque a son territoire propre. Invicta est la marque grand public, en vente dans les enseignes de bricolage. Deville est celle des professionnels, des installateurs et des distributeurs professionnels. Un marché qui pèse 60% du marché global. » Deville fabrique aussi des fourneaux de cuisine, et à ce titre, elle est également en vente dans le réseau de vente d'électroménager. Depuis sa reprise, le catalogue de Deville s'est déjà fortement étoffé, passant de 35 à 350 produits. Son catalogue compte toujours les modèles historiques, ou reconstitués. À leurs côtés un nouveau décor a été conçu. « Les volumes de Deville sont déjà supérieurs à ceux des trois dernières années et 14 commerciaux sillonnent la France pour la marque. » Deville est d'ores et déjà présente en Belgique et au Portugal. D'autres pays sont à venir. Reste que l'activité est très saisonnière. Ce début de mois d'avril marque d'ailleurs, pour Invicta, le début de la mise en stockage. Pour rester compétitive, l'entreprise ardennaise mise beaucoup sur l'innovation. La nouvelle technologie de l'entreprise s'appelle « Plug-IN » et concerne les appareils à granulés. Ceux-ci sont généralement pénalisés par des trémies volumineuses et bruyantes. Invicta révolutionne la technique en même temps que le design : les poêles, inspirés des best-sellers de la marque, mais conçus spécialement pour cette nouvelle gamme, sont alimentés par des trémies extra-plates qui se camouflent derrière un panneau, dans un mur, demain dans la pièce contiguë à celle où est installé le poêle. Le client choisit son type de trémie et l'associe au poêle de son choix. « C'est quelque chose qui n'existait pas. Nous proposons même des appareils mixtes granulés et bûches. Avec l'ensemble de cette offre, nous voulons nous affirmer comme le champion du chauffage indépendant non électrique, granulé, bois, gaz et fioul, avec l'intégration de Deville. » Le poêle Plug-in « full auto », modèle cannelé, a déjà été retenu dans le projet de Maison France Confort, maison concept du projet Yrys, une maison de demain prévue pour l'été 2018.